Extrait de Rouges baisers, de Fabienne Michonnet

Chapitre 1

Tout en pédalant à perdre haleine elle ne pouvait s’empêcher de sourire, elle venait de le dépasser ce bus ! Eh, eh, eh ! Elle ne ralentit pas, se faufilant dans le trafic, heureuse de sa victoire jusqu’à ce que… l’inclinaison de la pente change et que, finalement, le bus la rattrape… Un jour elle gagnerait et arriverait en haut avant lui ! Elle manquait encore d’entraînement, et pour cause : à San Francisco le challenge était de taille, les rues étaient toutes plus en pente les unes que les autres, à commencer par celles du quartier où elle habitait. Elle arrivait justement devant l’une de ces maisons victoriennes typiques de la ville. Après avoir calé le cadre de son vélo sur son épaule, elle avait monté les marches, ouvert la porte, et de nouveau monté une volée de marches.
– Salut Blandine, comment vas-tu aujourd’hui ?
– Ah, Johan, bonjour ! Tout va très bien merci, et toi, tu n’es pas au travail ?
– Je suis en poste de nuit, je partirai ce soir vers six heures.
Tandis que Blandine déposait son vélo dans le couloir, la conversation se poursuivit. Arrivée depuis peu de sa France natale pour suivre des études, elle louait une chambre à Johan. Les deux femmes s’appréciaient mutuellement et, lorsqu’elles avaient un moment, elles échangeaient des idées sur tout : le travail pour l’une, les études pour l’autre, la politique, les hommes, les recettes de cuisine, tout y passait dans le plus vif désordre et le plus grand bonheur de découvrir une nouvelle culture. C’était la première fois que Johan, célibataire endurcie habituée à vivre seule, prenait une colocataire, le loyer devenait trop cher, et cette chambre vide… Finalement, suite à une annonce, Blandine s’était présentée et, très rapidement, une solide amitié était née entre les deux femmes. Johan était discrète et ne se mêlait pas de ce qui ne la regardait pas, en même temps elle était ouverte, intelligente, gaie et la différence d’âge d’une dizaine d’années en avait fait une sorte de grande sœur pour Blandine. Celle-ci était arrivée de France pour un cycle d’études d’un an, destiné à parachever en beauté un parcours aussi inattendu que passionnant. Inattendu parce que Blandine venait d’un petit village de montagne où elle était devenue monitrice de ski à seize ans. Puis, quelques années plus tard, ne gagnant pas suffisamment sa vie, elle avait décidé de suivre des cours par correspondance pour passer le Bac et elle s’était prise au piège grisant du plaisir de la découverte, de l’apprentissage, du jeu intellectuel.
Passionnant, parce qu’elle finissait tout juste son cycle d’études à Science Po, dont la réputation n’était plus à faire, ce qui lui avait permis d’ouvrir nombre de fenêtres sur le monde qui l’entourait. En bref, la jeune femme avait décidé une bonne fois pour toute que la vie était une grosse pomme à croquer… sauf en ce qui concernait… les hommes ! Une ou deux expériences malheureuses lui ayant fait comprendre qu’on ne peut pas jouer gagnant sur tous les tableaux, mieux valait se concentrer sur le positif que sur le négatif, donc, aux oubliettes les hommes.
– Au fait, lui dit Johan, tu cherches toujours un petit boulot ou tes heures de baby-sitting te suffisent ?
– Mes heures de baby-sitting sont en ce moment inexistantes, pourquoi, tu aurais entendu parler de quelque chose ?
– Oui, une de mes collègues a une sœur qui travaille pour une entreprise qui produit des films, elle s’est cassée la cheville et cherche quelqu’un pour la remplacer temporairement. Elle a très peur de perdre sa place et avec toi ce serait l’idéal puisque tu retournes en France dans quelques mois. Sa fracture a l’air assez grave et visiblement elle en a pour plusieurs semaines avant de pouvoir remarcher.
– En quoi consiste ce travail ?
– Rien de passionnant malheureusement, il s’agit simplement de faire du ménage, mais ils ont l’air assez souples au niveau des horaires. En plus, tu pourrais peut-être rencontrer des gens sympas…
– C’est loin d’ici ?
– De l’autre côté de la baie, en traversant le pont Golden Gate mais je n’en sais pas plus. Tu veux que je me renseigne, ça t’intéresse ?
– Oui, pourquoi pas ! Du moment que ce n’est pas trop loin et que je peux m’y rendre à vélo, je serais partante pour quelques heures par semaine.
Dans les jours qui suivirent Blandine songea à plusieurs reprises à ce travail, elle était tentée, ça, c’était sa curiosité naturelle, pour autant l’idée de faire du ménage ne lui disait rien qui vaille. Pas la peine de faire des milliers de kilomètres si c’est pour se retrouver une serpillière à la main, se disait-elle. Il faudrait peut-être mieux que je trouve quelque chose un peu plus en accord avec ma formation… Oui mais je n’ai pas la fameuse green card qui donne l’autorisation de travailler sur le territoire américain, donc je ne risque pas de décrocher quoi que ce soit de passionnant.
Lorsqu’elle revit Johan celle-ci lui donna deux numéros de téléphone, le premier, celui de la sœur de son amie pour avoir de plus amples renseignements, l’autre, celui d’un certain Gary au nom de famille imprononçable qui attendait son coup de fil. Sa décision était prise : un peu d’argent serait le bienvenu, elle suivait le rythme de ses études sans problème, donc se frotter à la civilisation Américaine par le biais d’un job serait bien mieux que les cours de James Baker qui se contentait de leur faire regarder des films cultes américains, le tout saupoudré de discussions oiseuses qui ne leur donnaient que les effluves de la culture locale.
Elle appela d’abord la sœur de l’amie de Johan, qui lui donna quelques détails supplémentaires sur le contenu du job, le lieu et les gens qu’elle allait trouver sur place. Puis, elle parla au prénommé Gary qu’elle eut toutes les peines du monde à comprendre tellement il avait une voix grave. Comme nombre d’américains il n’articulait pas et mangeait la moitié de ses mots. Elle espéra avoir correctement saisi ses explications et lui fit répéter deux fois la date et l’heure du rendez-vous, en se disant qu’il ne pouvait faire autrement que de s’imaginer qu’il avait affaire à un esprit limité. Elle sourit en imaginant son propre égo (une espèce de petit diablotin intenable) en train de se prendre un grand coup de pelle sur le crâne…
Le jour dit, elle était heureuse en prenant son vélo, se disant que ceux qui pensaient que la curiosité était un vilain défaut n’avaient rien compris à la vie. Elle mit trois quarts d’heure à se rendre sur place, et se retrouva essoufflée face à un géant barbu qui la jaugea d’un coup d’œil en lui expliquant en cinq minutes qu’il avait besoin de quelqu’un en urgence, que c’était tant de l’heure, huit heures par semaine à faire sur deux demi-journées l’après-midi seulement, les journées étant laissées au choix. Après s’être mis d’accord sur le mardi et le vendredi, il prit ses coordonnées sur un coin de papier et ne passa pas plus de deux minutes à lui montrer le placard à balais et à lui décrire son travail. Il termina en lui disant qu’elle en saurait plus le mardi suivant. Tout en pédalant sur le chemin du retour elle réalisa qu’il ne lui avait posé aucune question sur elle, ce qu’elle faisait aux États-Unis, ses compétences éventuelles, son expérience… Bon o.k., vu le contenu du job, il se moquait éperdument de tout cela et la notion d’entretien d’embauche s’était bornée à ce coup d’œil qui se demandait si un petit moineau comme ça allait résister longtemps au bout d’un manche à balai. Il était indéniable que leurs origines génétiques étaient radicalement différentes : Gary était un grizzli croisé avec un humain, restait à espérer que c’était le côté nounours qui était caché à l’intérieur.
Le mardi suivant elle était là à l’heure dite et Gary lui montra les différentes pièces où elle devait « officier ». Elle avait parfois du mal à le comprendre, du coup, lui s’appliquait à lui parler comme à une demeurée, ce qui s’avéra aussi indispensable que profondément agaçant.
Les semaines suivantes s’enchaînèrent rapidement entre les cours à l’université et ses « promenades derrière l’aspirateur » comme elle les appelait. Elle adorait la balade à vélo qui lui faisait traverser le pont du Golden Gate pour se rendre sur son nouveau lieu de travail, la vue sur la ville y était toujours extraordinaire, excepté les jours de brouillard. Celui-ci s’accrochait par lambeaux au pont, ou parfois l’enveloppait complètement et l’on ne voyait absolument plus rien, et puis, dès que la baie était passée et que l’on arrivait sur Sausalito, le soleil pointait le bout de son nez…
Progressivement elle avait fait un peu plus connaissance de Gary, c’était un ours souvent grognon mais jamais méchant, respectueux avec elle bien que coutumier d’explosions de colère, ce qu’elle détestait par-dessus tout. Elle avait aussi fait connaissance d’un jeune homme, Georges, qui était le portrait inverse de Gary : grand, maigre, discret car timide. Son job était visiblement d’être l’homme à tout faire : ranger du matériel stocké, entretenir la pelouse, réparer ce qui devait l’être et même aller chercher des sandwichs à l’heure du déjeuner. Le lieu dans lequel Blandine faisait le ménage était la base arrière d’un studio de cinéma situé à Los Angeles. En fait, c’était surtout des administratifs qui travaillaient là. D’après ce qu’elle avait pu comprendre, la société était spécialisée dans la production de séries télévisées, et le réalisateur, qui n’habitait pas loin, faisait régulièrement la navette entre Los Angeles et San Francisco.
– Pourquoi avoir ainsi délocalisé et engendré des surcoûts ?
Avait-elle demandé un jour à Gary. Celui-ci, qui ne savait pas qu’elle était étudiante, l’avait regardé avec des yeux ronds. Il lui avait répondu que c’était une décision du producteur et sa réponse était tellement vague et distante qu’elle comprit que son indiscrétion avait sans doute été mal perçue. Gary ne lui avait jamais posé de questions sur elle, hormis pour savoir si elle venait de Paris, la réponse ayant été :
– Non je viens d’un tout petit village de 334 habitants ! Il lui avait demandé :
– Et tu viens chercher fortune ici ? D’un ton légèrement ironique.
Blandine avait répliqué :
– La fortune non, mais la connaissance de la différence oui.
Le sourcil gauche de Gary s’était levé, il avait gratté sa barbe broussailleuse et avait jeté :
– En fait, tu cherches un homme, remarque, avec ton joli petit cul t’as tes chances…
Il était parti à grandes enjambées, la plantant là sans qu’elle ait pu trouver quoi que ce soit à lui dire. Instinctivement elle savait qu’il ne valait mieux pas qu’elle mentionne ses études, cet homme était à des années lumières de pouvoir superviser une jeune femme qui lui aurait paru intellectuellement supérieure. Heureusement, il y avait Georges, le jeune homme à tout faire, lui au moins elle pouvait le questionner à loisir. Sous des dehors un peu frustres, Georges s’était avéré avoir un tempérament sensible que sa timidité exacerbée rendait maladroit. Son grand corps tout maigre et son visage anguleux ajoutaient à l’impression de gaucherie d’un homme qui vivait littéralement au fond de lui-même. Il était follement amoureux d’une petite brune pétillante que son surpoids complexait jusqu’à ce qu’elle rencontre Georges. Un soir, le jeune couple avait invité Blandine et la soirée avait été fort sympathique. Blandine avait expliqué qu’elle était étudiante et Georges avait déclaré :
– Si tu veux garder ton job mieux vaut ne rien dire à Gary, il critique les intellectuels et traite les étudiants de paresseux et de bons à rien. Sans doute des recrues qui lui ont donné du fil à retordre…
Blandine se dit que son instinct ne l’avait pas trompé et ça, c’était quelque chose qui ne s’apprenait pas dans les livres.

À quelques temps de là, un jour qu’elle arrivait tranquillement sur son vélo, elle perçut une grande effervescence. Il y avait des voitures supplémentaires sur le parking, des gens qui entraient et sortaient des locaux, et le réalisateur était en grande discussion avec un groupe d’hommes incluant Gary. Elle salua de la tête en passant, monta vivement les marches et, sans plus tarder, sortit le vieil aspirateur poussif qui n’aspirait visiblement qu’à une chose : une retraite bien méritée ! Elle fit son travail au milieu des gens qui piétinaient, l’agitation était à son comble et Blandine n’avait qu’une hâte : rentrer chez elle. Elle ne croisa pas Georges ce jour-là mais ce fut quelques jours plus tard, au milieu d’une agitation encore plus intense, qu’elle eut l’occasion d’échanger quelques mots avec lui. Il lui expliqua qu’un incendie avait ravagé une des banlieues de Los Angeles, l’accès au studio était donc devenu impossible. Un studio de tournage de fortune était monté dans la cour, ici à San Francisco, et pendant ce temps-là des scènes étaient tournées en extérieur. La semaine suivante débuterait le tournage de scènes d’intérieur avec les deux vedettes de la série. Chaque jour perdu coûtait une fortune à l’entreprise, ce qui expliquait ce repli sur San Francisco. Blandine trouvait que toute cette agitation qui déboulait dans sa routine était casse pied, surtout pour les toilettes qui devenaient parfaitement désagréables à entretenir, mais malgré tout, sa curiosité était la plus forte. Elle mourait d’envie d’assister au tournage d’une scène, de voir les acteurs dire leur texte, de comprendre comment la belle mécanique du cinéma fonctionnait. Elle avait croisé le réalisateur à plusieurs reprises, et elle pouvait voir la tension nerveuse sur son visage car il n’arrêtait pas de mâchouiller sa lèvre supérieure, ce qui donnait à sa moustache grisonnante de petits mouvements convulsifs dès qu’il lisait un document où qu’il prenait quelques secondes avant de répondre à une question. Le cœur du système c’était lui, il tenait en main toute l’organisation. Il était autoritaire et obéi sans jamais élever la voix. Ses demandes étaient des ordres que chacun exécutait avec diligence. Il savait être charmeur et pourtant il avait toujours une lueur un peu triste au fond des yeux. Gary était craint, lui était respecté, chacun obtenait le meilleur de ses troupes, mais le fond de leurs tripes n’était pas de la même chair.

Ce jour-là on préparait le tournage d’une courte scène destinée à commencer une plus longue série, un coup d’essai en quelque sorte. Gary était au comble de l’énervement, il allait et venait en tous sens, vérifiant tout jusqu’au moindre détail et houspillant ses troupes pour maintenir un horaire plutôt serré. Après le tournage, Blandine avait rendez-vous avec le patron, l’homme à la moustache, pour régler des détails administratifs. En attendant, elle s’appliquait à garder propre un endroit qui était piétiné en permanence, mais Gary exigeait que tout soit parfait. Le ménage devait être fait au dernier moment afin que les lieux soient impeccables pour le début du tournage. Le problème, c’était qu’avec tous ces pieds qui lui tournaient autour elle ne parvenait pas à faire du bon travail, et l’effervescence ambiante commençait à lui déteindre dessus. Bref, elle était énervée et avait décidé que c’était peine perdue pour le brillant miroir du sol, elle se dirigeait donc vers la porte en marche arrière, frottant de son mieux pour éliminer les traces lorsque Gary se mit dans une colère noire contre Georges, qui n’était coupable que de s’être pris les pieds dans un câble posé par terre à un endroit où on ne l’attendait pas. Georges n’était pas le premier à trébucher, par contre, il était le seul sur lequel Gary osait vider tout son stress en le menaçant de le renvoyer s’il n’était pas plus attentif. Georges était paniqué et ne savait que dire, tous les regards convergeaient vers lui et ce fut le moment que le patron choisit pour entrer dans la pièce avec les deux acteurs qui tenaient les rôles principaux de la série. Blandine réagit à la fois par instinct et par colère. D’un geste brusque, elle vida une partie du contenu de son seau en direction de Gary et l’eau vint lécher l’extrémité de ses bottes. Il se tourna vers elle, les yeux noirs de fureur. Calmement elle prit appui sur le manche de son balai, soutenant son regard sans sourciller. Il s’était fait un grand silence et tous les yeux s’étaient tournés vers eux, mais elle était elle-même trop en colère pour y prêter attention. Elle ne baissa pas les yeux et, lorsqu’il ouvrit la bouche pour lui hurler dessus, elle lui coupa la parole et lui dit d’une voix ferme que l’on devinait contenue :
– Stop ! Ça suffit !
Elle n’avait pas crié, elle s’était contentée d’ajouter ce petit haussement de sourcil qui signifiait aux enfants qu’elle avait en cours de ski qu’ils devaient se calmer. Puis, elle détourna lentement son regard, décocha un clin d’œil amical à Georges et, se tournant vers le reste de l’équipe, elle leur dit posément :
– Au travail maintenant.
Elle baissa la tête et, ne s’occupant plus de rien, s’appliqua à ramasser à l’aide de la serpillière l’eau qu’elle avait répandue par terre. Le bourdonnement de la ruche reprit plus doucement et la paire de bottes géantes fit demi-tour pour son plus grand soulagement. Mille et une pensées tournèrent dans sa tête dans les minutes qui suivirent : le patron était là avec les deux acteurs, ils avaient tout vu et elle ne savait ce qu’il fallait en déduire. Son entrevue avec lui après le tournage risquait de tourner court, il y avait des chances pour qu’elle soit renvoyée. Prendrait-il le risque de garder quelqu’un qui avait mis Gary en mauvaise posture devant toute l’équipe ? D’autant plus que le quelqu’un en question n’était qu’une vulgaire femme de ménage parfaitement remplaçable… Elle assista au tournage de la scène comme un automate, les pensées ailleurs, ce n’était pas qu’elle redoutait de perdre son travail, après tout elle pouvait s’en passer, mais elle appréhendait la réaction de John, l’homme à la moustache. Elle le connaissait peu car elle n’avait pas eu souvent à faire à lui. Cependant, lorsque c’était arrivé, il avait été sympathique et gentil avec elle, sans condescendance pour autant, elle aurait détesté ça, mais avec cette sorte de respectueuse bienveillance qui l’avait instinctivement rassurée. En tout cas, plus elle y repensait, plus elle était persuadée avoir vu un petit sourire en coin sous la moustache au moment où elle avait baissé la tête pour reprendre son travail. Mais peut-être son imagination était-elle un peu trop fertile…
Une quinzaine de minutes après avoir entendu le fameux : « C’est bon, on la garde ! » John lui fit signe de la tête et elle le suivit dans son bureau. Ce fut un entretien étrange, le patron voulait simplement remplir un formulaire d’embauche et avait besoin de ses coordonnées détaillées. Il lui demanda d’où elle venait en France mais sans s’étendre sur le sujet car il était visiblement pressé, il lui réclama aussi son numéro d’immatriculation à la sécurité sociale américaine, ses coordonnées bancaires et vérifia son adresse et son numéro de téléphone. Mais c’est quand il la questionna sur sa date de naissance, que les choses devinrent bizarres. Il leva la tête et la regarda d’un air interdit, la dévisagea quelques instants comme s’il la voyait pour la première fois et finalement la fit signer au bas de la page. Lorsqu’il lui tendit la feuille, sa main tremblait légèrement et son visage avait pris une curieuse couleur cireuse, Blandine eut peur qu’il se sente mal et lui demanda d’une voix inquiète :
– Ça va monsieur, pas de problème ?
– Oui, ça va, je crois que j’ai un bon coup de fatigue, Blandine, je suis heureux que tu aies intégré notre équipe. À propos, ne juge pas trop sévèrement Gary, c’est un perfectionniste qui a une grosse voix et un cœur d’or.
John s’était repris et, en se levant, il lui signifia que l’entretien était fini. Pas de chance : Blandine voulait lui parler de la retraite de l’aspirateur et du surcroît de travail qu’elle ne pourrait pas gérer seule, mais les choses avaient tourné court et elle se sentait la dernière des maladroites de n’avoir pas su utiliser au mieux l’entrevue. Sa journée étant finie, elle prit ses affaires qu’elle avait rangées dans le placard à balais, puis sortit. Georges l’attendait et paraissait tout excité :
– Figures-toi que je viens de discuter avec Gary !
– Ne me dis pas qu’il vient de te renvoyer ?
– Non, pas du tout, au contraire, en fait, il s’est excusé de sa nervosité et de son attitude envers moi, il avait l’air plutôt embarrassé et du coup je l’ai invité à venir boire un pot avec moi, tu te joins à nous ?
– Non, désolée je ne peux pas, j’ai pas mal de travail à faire pour la fac et il ne faut pas que je m’attarde.
– Ah le voilà qui arrive !
En effet, le grand corps massif de Gary se dirigeait droit sur eux. Lorsqu’il regarda Blandine, il avait l’air gêné, la fixant droit dans les yeux il lui déclara :
– Je suis désolé de ce qui s’est passé…
Blandine ne le laissa pas finir, instinctivement elle lui sauta au cou pour lui appliquer un bisou bien bruyant sur la joue, et, avant qu’il n’ait pu réagir, elle avait enfourché son vélo et s’éloignait en agitant la main et en criant :
– À la semaine prochaine !
Tandis qu’elle pédalait elle repensait aux évènements de l’après-midi, le boss avait raison, Gary était un brave homme qui ne ferait pas de mal à une mouche même s’il s’emportait parfois. Quant au boss lui-même, elle ne savait trop que penser ; une coquille beaucoup plus difficile à percer, ça c’était sûr, bien que normal, elle avait été peu en contact avec lui jusqu’à présent, mais les choses allaient certainement changer puisque désormais le cœur central de toute l’activité allait se concentrer sur Sausalito. En tout cas, il n’était pas désagréable, au contraire, il semblait plutôt bienveillant. On le sentait écouté et respecté par ses employés, nul doute qu’à cinquante ans passés il avait déjà une longue expérience dans le métier. Instinctivement, Blandine sentit que ce serait de lui qu’elle apprendrait le plus.
Sa pensée vogua ensuite vers ses chères montagnes, elle n’aurait sans doute pas l’occasion de faire du ski cet hiver, ni du cheval cet été, (elle accompagnait des groupes en promenade à cheval l’été) mais en tout cas elle avait une vie tout aussi remplie ici, que là-bas en France, et jusqu’à présent ce qui lui manquait vraiment c’était un piano. La musique lui permettait de se vider la tête et l’entraînait dans un univers où elle pouvait exprimer ses émotions en toute liberté. Elle savait qu’elle ne pouvait compter que sur elle-même ce qui ne lui faisait pas peur, le simple fait d’être là, à San Francisco, était une victoire et sa vie était tout aussi passionnante maintenant qu’elle l’avait été auparavant. Malgré sa jeunesse, elle avait eu l’opportunité de découvrir des univers très différents, d’avoir une vie riche et remplie, et son travail à Sausalito entrait dans la droite ligne de tout cela. Johan avait raison, elle avait la chance d’y rencontrer des gens sympathiques et même si la paie était maigre, c’était mieux que rien.

Quelques jours plus tard, lorsqu’elle revint à Sausalito elle apprit de la bouche de Gary que désormais quelqu’un viendrait l’aider à entretenir les locaux. Il faut dire que ceux-ci avaient été considérablement agrandis en quelques semaines et dorénavant la pelouse était quasiment inexistante puisqu’un grand parking s’étalait au pied de la bâtisse.
– Les américains sont vraiment les rois de la construction rapide se dit-elle. Ils bâtissent tout en bois et ne s’encombrent pas de parpaings qu’il faut laborieusement empiler les uns au-dessus des autres !
À l’intérieur, c’était le chaos, on montait des cloisons, on tendait des câbles pour l’électricité, on installait des placards, et il semblait que si tout était commencé rien n’était fini. Gary lui donna une nouvelle définition de son travail :
– Tu vas prendre en charge la nouvelle recrue, tu t’assureras que tout est entretenu correctement. Tu t’occuperas personnellement du bureau de John ainsi que de l’entretien des deux voitures que l’on utilise pour le tournage. Cette pièce-ci n’est pas un vrai bureau, elle est destinée au tournage de scènes, tu devras veiller à ce que tout le mobilier y soit toujours parfaitement à l’identique. Personne ne doit emprunter une chaise ou quoi que ce soit ici, compris ?
– O.K.
– Pour les deux voitures je te montrerai tout à l’heure comment on enlève l’alarme du garage et ce que tu dois utiliser comme matériel de lavage. Je passerai te prendre dans un petit moment mais pour l’instant il faut que je vérifie que les barrières sont bien mises devant l’entrée, Peter et Mike vont arriver dans une paire d’heures, et les groupies vont être là bien avant dans l’espoir de les voir.
– Peter et Mike ?
Le regard interloqué de Gary lui fit comprendre qu’elle avait fait une gaffe.
– Tu sais que si aujourd’hui tu as du boulot c’est quand même grâce à eux non ? S’ils n’étaient pas là, la série n’existerait pas, en tout cas sûrement pas avec autant de succès. Ces deux acteurs sont les meilleurs pour le rôle de flic qu’ils ont à jouer, et même si le modèle est caricatural, ils ont une personnalité qui attire les foules. Par-dessus tout des filles, et il y en a qui sont pas mal tu sais….
Réalisant tout à coup qu’il avait peut-être été trop loin, il lui lança brusquement :
– Bon assez discuté, au boulot maintenant, et n’oublie pas d’aller voir le boss !
– Euh… Oui… Je… Je vais commencer par là.
Elle partit d’un pas rapide et alla frapper au bureau de John. Celui-ci l’accueillit par un :
– Ha ! Blandine, entre.
Qui ne lui laissa aucun doute quant au fait qu’il l’attendait. Il lui demanda si c’était possible pour elle de venir travailler à plein temps. Visiblement il s’attendait à un oui enthousiaste et parut un peu déçu par sa réponse. Elle était ennuyée d’avoir à lui refuser ce qui était si gentiment offert. De plus elle pressentait que pour lui, trouver du personnel rapidement ne devait pas être facile. Elle le regarda de ses grands yeux expressifs et lui dit d’une voix douce :
– Si je refuse Boss, ce n’est pas parce que je ne veux pas mais parce que je ne peux pas. Si vous le voulez, je pourrais venir une demi-journée supplémentaire, mais pas plus.
Il ne fit aucun commentaire, tout au long de leur dialogue il l’avait regardé intensément, comme s’il buvait chaque expression de son visage. Elle voyait qu’il l’observait, mais il y avait une telle bienveillance dans son attitude, qu’à aucun moment elle n’eut l’impression d’être déshabillée des yeux. Elle le sentait curieux et étonné, peut-être parce qu’il réalisait tout ce qui pouvait se cacher derrière ce regard qui exprimait tour à tour la vivacité, la curiosité puis la plus grande douceur, le tout en quelques instants. Blandine s’habillait toujours de la façon la plus neutre possible pour se rendre au travail, elle n’était pas maquillée et regroupait ses cheveux dans une queue de cheval basse et sans prétention pour ne pas qu’ils la gênent. Elle se disait que son rôle à elle n’était pas de briller mais de faire briller, elle était persuadée que c’était la voix de la sagesse. Elle se demandait donc ce que John pouvait observer ainsi. Finalement, il lui proposa de l’accompagner jusqu’aux garages pour lui montrer le système de sécurité. En chemin elle lui posa toutes les questions qui lui venaient à l’esprit sur l’organisation du travail, les tournages et ce qu’il attendait d’elle. Comme d’habitude, le fait de parler la rendait moins timide, lui semblait aussi se décontracter à ses côtés. Lorsqu’elle vit les voitures elle ne put s’empêcher de s’exclamer :
– Superbes ! Vous croyez que c’est aussi sympa à conduire qu’une Renault Twingo ?
Il éclata de rire et répondit :
– Tu ne sauras jamais car tu n’as pas le droit de les conduire, alors n’essaie même pas de me demander.
– Pas de panique Boss, en ce qui concerne mes déplacements, je vis une grande histoire d’amour avec mon vélo…
Ils riaient de bon cœur lorsqu’une voix appela :
– John, tu es par-là ?
C’était Gary, John s’éloigna tandis qu’elle restait devant ces deux belles décapotables blanches qui devaient être parfaitement propres pour le tournage suivant. Pourquoi avaient-ils choisi des voitures blanches ? Elles étaient superbes mais la moindre trace se voyait dessus, et elle pressentait qu’elle n’aurait pas fini de pester car il lui faudrait retirer le moindre grain de poussière.
Elle s’activait à sa tâche lorsqu’elle entendit des pas. C’était Georges qui voulait lui parler.
– C’est donc là que tu te caches, je te cherchais partout.
Il avait l’air inquiet, agité.
– Un problème avec Gary ?
– Non, non… pas du tout.
Il se balançait d’une jambe sur l’autre et visiblement n’osait se lancer. Blandine restait l’éponge à la main, ne sachant trop que faire lorsque finalement il lui lâcha :
– C’est Jill et moi, on a un petit problème.
– Vous vous êtes disputés ?
– Non pas du tout… en fait elle… elle… elle est enceinte…
Il la scrutait du regard, guettant sa réaction. Celle-ci ne se fit pas attendre :
– Super, génial ! Ouah trop top !
Elle lut dans ses yeux que ce n’était pas trop top, et à son air effaré elle comprit que c’était plutôt l’inverse.
– Si j’ai bien compris cela ne vous arrange pas…
– Le problème c’est ses parents, on n’est pas marié alors tu penses, ils ne vont jamais accepter.
– Et sans leur aide vous ne pouvez pas élever un enfant, vous avez besoin de leur appui financier, c’est ça ?
– Oui, Jill termine ses études dans six mois, elle sera alors trop ronde pour trouver du travail et ce que je gagne nous permet de louer une chambre mais pas plus, et puis notre voiture est tombée en panne, on avait décidé d’en racheter une autre dès que Jill aurait du travail, mais avec un bébé on va en avoir besoin d’une plus tôt. On ne peut pas s’en sortir, alors j’ai dit à Jill qu’il valait mieux qu’elle ne le garde pas, on a tous les deux pleuré toute la nuit et puis ce matin j’ai téléphoné pour prendre rendez-vous…
Sa voix s’était brisée et de grosses larmes roulaient sur ses joues ; Blandine sentit une boule au fond de sa gorge et pendant quelques instants elle ne sut que dire. Puis elle réagit :
– Il te faut une promotion, maintenant ! Tu vas aller voir le boss et lui expliquer la situation.
– Le boss, avec tout ce qu’il à faire, il n’en a cure de mes problèmes, je suis sûr qu’il ne connaît même pas mon nom.
Blandine passa un bras autour de ses épaules et expliqua qu’il n’avait rien à perdre à essayer, qu’à tout problème il y avait toujours au moins une ou plusieurs solutions, ça c’était mathématique, et que le peu qu’elle avait conversé avec le boss, il lui avait paru un monsieur charmant.
– Tu ne rêvais pas de te trouver un jour derrière la caméra ? Tu m’as dit avoir lu beaucoup d’ouvrages, tu m’as même expliqué que tu avais cherché à toute fin à te faire embaucher dans cette entreprise pour assister à des séances de tournage… Propose tes services dans ce sens-là… Qui ne risque rien n’a rien à ce qu’il paraît !  Allez, vas-y !
Georges le timide avait du mal à se décider, Blandine lui demanda :
– Tu veux que je vienne avec toi ?
– Oui, d’accord, mais je te parie que ce sera un coup d’épée dans l’eau.
– Tu es toujours aussi pessimiste ?
– Et toi tu es toujours aussi optimiste ?

Ce fut Blandine qui frappa d’une main ferme à la porte, elle aurait pu entendre les dents de Georges claquer et son anxiété la gagnait. À l’intérieur du bureau le silence se fit et la voix du boss leur indiqua qu’ils pouvaient entrer. Il n’était pas seul, les deux vedettes de la série étaient là, dieu merci ils s’éclipsèrent et Blandine bredouilla que Georges avait à lui parler. Elle glissa un œil à Georges qui restait muet comme une carpe et décida que ce n’était pas à elle d’en faire plus, elle regarda le boss droit dans les yeux avec une seconde d’insistance et lui dit simplement « merci » avant de sortir. Son cœur battait à tout rompre, elle regarda sa montre, décida d’aller ranger ses affaires car l’heure de rentrer était dépassée. Elle avait du travail pour l’université et il valait mieux qu’elle appelle Georges et Jill ce soir chez eux. Elle repassa devant le bâtiment central pour récupérer son vélo et fut surprise de voir une petite foule amassée derrière les barrières que Gary avait mentionnées. C’était tout juste si un journaliste n’était pas monté sur son vélo pour prendre des photos. Elle était furieuse, ce vélo en réalité n’était pas le sien, c’était celui que Johan lui avait prêté, elle y tenait comme à la prunelle de ses yeux. Elle fixa ses affaires sur le porte-bagages et défit le cadenas tout en écoutant les conversations autour d’elle. Deux filles se demandaient :
– Tu crois qu’ils vont s’arrêter devant nous quand ils vont ressortir ?
– Tu imagines qu’ils nous remarquent, rien qu’un regard, un sourire… Ce serait trop super…
Blandine se fit la réflexion que ces filles étaient folles. Elle venait de croiser les deux héros à la sortie du bureau du boss et elle pouvait dire qu’ils n’avaient franchement rien de très particulier. Certes, elle n’avait pas cherché à les dévisager non plus, mais force était de constater qu’elle avait croisé une paire d’homo sapiens, rien de plus. Elle était plongée dans ses pensées et s’apprêtait à enfourcher son vélo lorsqu’elle entendit la voix de Georges l’appeler. Elle se retourna pour voir qu’il était triomphant, en deux bonds il fut auprès d’elle et, la prenant dans ses bras, la fit tournoyer sur place. Ce fut le moment que choisirent Peter et Mike, les deux fameux acteurs, pour sortir du bâtiment. Une clameur s’éleva puis un grand silence se fit.
– Alors ? Demanda-t-elle à Georges.
– Je n’en reviens pas, c’est un type super tu sais ! Il a tout compris, il m’a offert un poste d’assistant avec une bonne augmentation, il m’a donné huit jours pour faire mes preuves et m’a dit que je ne devrais pas être regardant sur mes horaires. Je vais enfin pouvoir prouver ce dont je suis capable et ça c’est grâce à toi !
– Tu veux dire grâce à ton bébé plutôt, il m’a l’air du style porte-bonheur celui-là ! Lui répondit Blandine d’un air taquin.
Georges lui appliqua un gros baiser sur la joue et ajouta avant de disparaître :
– Le boss m’a donné ma soirée pour fêter ça avec Jill, mais demain je dois être là à six heures du matin. Je te laisse, à jeudi…
Il disparut en courant, ou plutôt, en sautillant. Blandine pensa en souriant qu’encore un peu il aurait embrassé toutes les fans de Peter et Mike qui continuaient à signer des autographes en souriant patiemment. Elle adorait les contes de fées qui se terminent bien et elle n’avait aucun doute sur les capacités de Georges à remplir ses nouvelles fonctions en tant qu’assistant et en tant que père.

Chapitre 2

– Les semaines qui suivirent furent bien remplies, le trimestre arrivait à son terme et l’inévitable série d’examens et de présentations pointait le bout de son nez. Blandine avait augmenté le nombre d’heures consacrées à ses études et cela ajouté aux heures passées au travail, elle n’avait pas eu beaucoup de temps pour elle. Malgré tout elle ne regrettait rien, ses études étaient passionnantes et son travail lui plaisait par la diversité des gens qu’elle y rencontrait. Encore quelques jours et les vacances seraient là, elle aurait un peu de temps pour se reposer et surtout aller flâner. Elle avait parfaitement conscience de n’être qu’une provinciale qui découvrait tout avec gourmandise, et ici elle avait la sensation de pouvoir savourer sereinement l’ambiance citadine. Elle s’était rendue plusieurs fois à Paris, elle avait été à Londres aussi, mais à chaque fois elle avait eu l’impression que la ville lui sautait au visage sans lui laisser le temps ou l’espace pour respirer. Elle connaissait peu les monuments de Paris, les musées et tous ces lieux célèbres que des millions de touristes visitaient chaque année, mais elle portait en elle une sensibilité particulière sur la beauté des choses. La traversée du Golden Gate par exemple était toujours un vif plaisir. Les couleurs du paysage y étaient sans arrêt changeantes, la vue sur la baie imprenable, et, de l’autre côté, l’océan qui laissait le regard s’évader jusqu’à l’horizon donnait l’impression d’une porte ouverte sur l’immense champ du possible.

Lorsqu’elle retourna au travail le jeudi suivant elle était en paix avec elle-même, elle avait rendu son devoir au professeur la veille, et avait reçu quelques bonnes notes. Elle arriva donc en chantonnant et n’arrêta pas de taquiner Georges. Elle croisa John à plusieurs reprises et il échangea quelques paroles aimables avec elle. C’était curieux, il lui semblait qu’il la surveillait du coin de l’œil. Une surveillance discrète malgré l’animation qui régnait en permanence dans les locaux. Blandine commençait à connaître la plupart des membres de l’équipe et se fit un plaisir de faire les gros yeux à Gary qui s’énervait, mais elle ne parvint pas à rester sérieuse jusqu’au bout et finalement l’éclat de rire fut général quand Gary la chargea sur son épaule comme un vulgaire sac de pommes de terre pour faire semblant de la jeter dans la grande poubelle qui se trouvait près de la porte. Ils se préparaient à aller faire un tournage nocturne et le matériel devait être placé avant la tombée de la nuit, ils s’empressaient donc de charger des véhicules. Blandine alla nettoyer la carrosserie des voitures vedettes puis décida de finir par le bureau du boss. Lorsqu’elle eut fini son travail les locaux étaient déserts, il ne restait plus que John et les acteurs qui discutaient de la scène à tourner avant de se mettre en route. Blandine s’affairait autour de son vélo pour y fixer son sac quand par inadvertance elle enclencha le levier de vitesse tout en déplaçant le vélo. Il y eu un bruit de déraillement et elle s’aperçut que la chaîne pendait lamentablement.
– Zut, c’est bien ma chance, pourvu que cette chaîne ne soit pas trop récalcitrante car ni Gary ni Georges ne sont là pour m’aider.
Elle sortit un mouchoir en papier de son sac, prit délicatement la chaîne avec et la tendit pour tenter de la remettre dans son logement. Échec. Bon, il faudrait y mettre les deux mains, « beurk » se dit-elle. Elle sortit donc un deuxième mouchoir et s’apprêtait à mener une lutte qu’elle enrageait par avance de savoir à son désavantage lorsqu’une voix dans son dos la fit sursauter :
– Un problème Miss ?
Elle se retourna vivement pour voir Peter qui la dominait de toute sa hauteur.
– Oui, en effet, lui répondit-elle tout en pensant in petto :
« Oh ! Un homo sapiens ! »
Déjà il s’était accroupi et plongeait son regard dans le sien avant de contempler la chaîne du vélo. Blandine s’interrogea intérieurement :
« Homo sapiens et bricoleur, c’est compatible ? En tout cas, Bac plus 5 et courge avec une chaîne de vélo ça existe, alors ne soyons pas trop pleine d’à priori. »
Il regarda ses mains qui tenaient les mouchoirs, puis il leva vers elle un œil narquois qu’elle n’eut pas la force de soutenir. Il se pencha ensuite en avant, replaça la chaîne en un tour de main et se redressa tout en lui prenant un mouchoir pour calmement s’essuyer avec.
– Vous devriez remettre de l’huile sur cette chaîne mademoiselle, elle est trop sèche.
Il lui tourna le dos et entra dans le bâtiment sans qu’elle ait eu la présence d’esprit de le remercier. Elle murmura :
« J’en connais une qui n’est pas courge que avec les chaînes de vélo. »
Le temps qu’elle finisse de mettre ses affaires sur le porte-bagages et elle entendit un bruit de portière. La Porsche de John sortit en douceur du parking et s’éloigna non sans lui avoir fait un petit appel de phare pour la saluer. Elle enfourcha son vélo, le suivit, et le perdit rapidement de vue. Un peu plus loin cependant, elle dut se faufiler entre deux longues files de voitures car c’était l’heure de la sortie des bureaux et un embouteillage se créait chaque soir à cet endroit à cause d’un feu. Elle retrouva la voiture de John, bloquée au milieu des autres, et s’arrêta à sa hauteur. Elle frappa un petit coup au carreau et attendit que la vitre se baisse pour lui dire :
– Si un jour vous avez besoin d’un moyen de locomotion rapide, n’hésitez surtout pas à m’emprunter mon vélo…
Elle était hilare, et, en se penchant un peu plus, elle aperçut à côté de John les deux yeux bleu marine de Peter, l’acteur qui l’avait dépannée, qui la fixaient intensément. Elle fit un signe de la main et reprit son chemin, zigzagant au milieu des voitures, pour dépasser bien vite la zone embouteillée et se retrouver dans le parc du Presidio qui était beaucoup plus calme. Elle fut obnubilée tout le long du chemin par les yeux bleus, les cils et les sourcils sombres, et aussi la bouche qui avait un petit pli sur le côté à chaque fois qu’elle souriait. Finalement, les filles qui passaient des heures derrière des barrières pour un mot, une signature ou un sourire étaient certes de pauvres créatures, mais Blandine comprenait quel magnétisme les avait captées. Cet homme dégageait une certaine force tranquille, une présence dont il avait sans nul doute entièrement conscience et dont il jouait sans vergogne. D’aucuns appelleraient cela du charme, Blandine y vit un solide talent d’acteur mis en œuvre par un homme qui confondait la vie et une scène de théâtre. En attendant, elle ne pouvait que reconnaître qu’il avait été sympathique de la dépanner et que son geste n’était pas destiné à satisfaire un quelconque public. Elle s’efforça de diriger ses pensées vers autre chose, mais elle ne put que constater qu’elle n’y parvenait pas. Elle s’enfonça dans le sommeil ce soir-là sous le regard gentiment moqueur de deux yeux bleu-foncé frangés de noir.

À quelque temps de là, un soir, Johan lui proposa d’aller voir ce qu’elle considérait être le plus beau spectacle de la ville et qui n’avait lieu qu’une fois par an. Blandine, curieuse, accepta de l’accompagner et se retrouva sur la petite route qui monte sur la colline située juste derrière le pont du Golden Gate. C’était la pleine lune et de là-haut, la vue sur la ville, chapeautée de l’astre énorme, lumineux de cette brillance éthérée de douceur, était à couper le souffle. Les spectateurs étaient nombreux et pourtant le silence les enveloppait, presque palpable. Elles restèrent côte à côte sans mot dire durant de longues minutes, Blandine sut instantanément que ce moment-là resterait gravé dans sa mémoire définitivement.
Le lendemain, elle arriva en même temps que le patron et elle lui raconta le spectacle auquel elle avait assisté la veille au soir de façon si vivante et avec des yeux si brillants, que le boss restait là à l’écouter et à la couver des yeux, charmé par la présence de la jeune femme. Elle rayonnait de vie et elle était merveilleusement belle. Ce n’était pas une de ces beautés sophistiquées qu’il croisait régulièrement dans les cocktails mondains, elle était en fait tout l’inverse. Mais c’était ses grands yeux rieurs qui accrochaient le regard, l’intelligence que l’on pouvait y lire et puis la forme du petit visage, tout en douceur accentuée par le velouté de la peau. C’était la première fois qu’elle prenait le temps de lui parler ainsi et qu’elle s’autorisait à s’animer et à s’enthousiasmer devant lui. Il lui semblait avoir affaire à un petit animal qu’il mettait du temps à apprivoiser mais finalement, à sa plus grande joie, il était en train d’y parvenir. Tout en l’écoutant, il décida que désormais elle devrait travailler le plus souvent possible au plus près du tournage, de cette façon il profiterait plus de sa présence et elle bénéficierait d’une expérience plus appréciable. Leur conciliabule fut interrompu par l’arrivée de Peter et Mike qu’elle salua courtoisement pour aussitôt discrètement s’éclipser. Elle n’avait pas eu le temps d’attacher son vélo et s’éloigna de quelques pas pour s’exécuter tout en entendant Peter demander :
– Tracy n’est pas arrivée ?
– Non pas encore, pourquoi tu l’attendais plus tôt ?
– Difficile à dire, elle arrive tout droit de Los Angeles et on s’est donné rendez-vous ici…
– La voilà, regarde !
En effet, une décapotable rouge s’avançait et, à son volant, la créature la plus extravagante que Blandine ait jamais vue. Déjà Peter se précipitait, ouvrait la portière et accueillait dans ses bras une jolie jeune femme impeccablement maquillée jusqu’au bout des ongles, coiffée et habillée avec un style et une classe auxquels on ne pouvait faire aucun reproche, si ce n’est celui de manquer de discrétion. Déjà la créature s’éloignait de Peter pour se jeter dans les bras de John tout en minaudant d’une voix suraiguë. Blandine avait fini d’attacher son vélo et se redressait lorsque son regard croisa celui de John, elle ne put s’empêcher d’avoir ce petit haussement de sourcil qui signifiait de l’étonnement narquois, mais elle se reprit aussitôt et dépassa discrètement le groupe pour entrer dans les locaux.

Elle décida de donner un coup de balai plutôt que de sortir ce gros aspirateur trop poussif et se retrouva tout à coup avec deux morceaux. Le pas de vis avait cédé et rien n’y fit, elle ne parvint pas à fixer la tête sur le manche. Le groupe rentrait à ce moment-là et, silencieusement, elle montra les deux morceaux du balai à son boss, avec un air navré qui lui donnait l’air d’une petite fille qui vient de casser sa plus belle poupée. Légère remontée de la moustache du côté gauche : le boss avait envie de rire mais ne le montrait pas, il se contenta de lever les deux paumes vers le ciel pour lui signifier qu’il n’y pouvait rien et qu’il fallait qu’elle se débrouille. Tracy avait jeté à Blandine un rapide coup d’œil dédaigneux et instantanément Blandine se prit à la détester, pas pour son côté excentrique, après tout elle était superbe à sa façon, mais pour ce dédain qu’elle avait lu dans son regard et qui plus est qui ne se cachait pas, s’affichant aux yeux de tous, comme si le dédain pouvait se partager parce qu’il était la norme. Elle tourna le dos au petit groupe et s’en fut chercher Gary qui, à défaut d’idée de réparation, pourrait au moins lui indiquer où elle pourrait trouver un bon rouleau de scotch. Ce fut Georges qu’elle rencontra, lui montrant les deux morceaux du balai, elle lui demanda :
– Tu ne connais pas un bon médecin pour ce type d’outil dans le coin ? Regarde, le pauvre a besoin de soins rapides et intensifs…
– Le cas a l’air grave en effet, tu devrais aller voir l’accessoiriste, avec toutes les bricoles qu’il a, il devrait être en mesure de te dépanner.
Après avoir pris des nouvelles de Jill, elle s’éloigna d’un pas rapide car l’heure tournait et elle n’avait pas avancé dans son travail. Elle savait Georges parfaitement heureux dans ses nouvelles fonctions et elle le trouvait déjà changé : plus sûr de lui, moins timide et beaucoup plus affirmatif dans ses propos. Elle avait vu que le boss et Gary lui faisaient confiance, et progressivement, dans l’équipe, tout le monde avait appris à respecter cet homme qui s’exprimait peu mais toujours avec justesse. Lorsqu’il donnait son avis sur la façon de placer une caméra, il était désormais écouté car son point de vue était souvent novateur et en même temps teinté d’une vision artistique certaine. Elle avait l’impression de le connaître depuis une éternité et elle adorait le croiser et échanger quelques mots avec lui. Il avait toujours une façon de voir les choses qui, de prime abord, paraissait déconcertante, mais qui finalement poussait la réflexion plus loin, ou dans une direction à laquelle elle n’aurait pas songé.
Elle trouva l’accessoiriste qui établissait la liste des objets nécessaires au prochain tournage et lui fit sa requête. Celui-ci lui tendit un énorme rouleau de scotch d’emballage et Blandine effectua sa réparation en un tour de main.
Elle avait regagné le grand hall d’entrée et avait entrepris de le balayer avant de donner un coup de serpillière, lorsque des éclats de voix lui parvinrent de la salle où devait avoir lieu un tournage un peu plus tard dans l’après-midi. La maquilleuse sortit en toute hâte pour aller chercher une trousse à pharmacie, tandis qu’elle entendait la voix haut-perchée de Tracy s’exclamer :
– Tout ce sang, ce n’est pas raisonnable John, il faut tout de suite aller aux urgences !
– Mais non, ne t’inquiète pas, nettoie correctement la plaie et ça ira.
– Si je le pouvais ce serait volontiers, John, mais la vue du sang me fait horreur, je suis très émotive vous savez.
Blandine s’était approchée et pouvait voir John qui tenait un mouchoir rougi appuyé sur le haut de son crâne. La maquilleuse était revenue et n’en menait pas large, elle ne savait que faire ou que dire face à son patron qui l’intimidait. Elle aussi suggéra l’hôpital et John ne fit que rouspéter de plus belle. C’est à ce moment qu’il aperçut Blandine et qu’il lui fit signe de s’approcher en lui disant :
– Peux-tu nettoyer cette blessure Blandine s’il te plaît, afin que nous puissions de nouveau nous concentrer sur notre travail ?
Blandine s’approcha, jeta un œil et, devant le tas de cheveux collés, décida tout d’abord d’aller se laver les mains. Lorsqu’elle revint les messieurs s’en mêlaient, chacun donnait son opinion et seule Tracy avait disparu. Blandine écarta doucement les mèches de cheveux une à une à l’aide d’une compresse imprégnée de désinfectant. Elle nettoya la base des cheveux pour finalement découvrir une coupure très franche dont elle écarta délicatement les rebords pour en estimer la profondeur. À cet endroit la peau n’était pas épaisse et elle pouvait voir l’os, elle déclara d’un ton docte :
 – Joli crâne !
Puis elle enchaîna :
– Je suppose que c’est le temps perdu qui vous ennuie dans le fait d’aller à l’hôpital n’est-ce pas ?
– Oui c’est ça le problème, il faut qu’on ait fini de tourner cette scène ce soir même.
– Très bien, dans ce cas, si je trouve un médecin qui vient vous recoudre, votre problème sera résolu… humm ?
John ne pouvait pas dire non, il risqua cependant le fait qu’aucun médecin n’accepterait de se déplacer, mais déjà Blandine avait fait le tour de sa chaise et s’était accroupie pour être à sa hauteur, elle lui demanda :
– Et si c’est un Français qui vient, cela vous pose-t-il un problème ?
– Non… bien sûr que non, du moment qu’il est médecin et qu’il sait faire ce style de chose…
– Je peux aller dans votre bureau pour téléphoner ?
Elle s’éclipsa avant même d’avoir entendu sa réponse, croisant les doigts pour que l’un des trois étudiants médecins de sa promo soit chez lui. Le premier ne répondit pas, le second non plus, quant au troisième elle dut d’abord téléphoner à une amie pour avoir ses coordonnées. Celui que l’on surnommait « petit docteur » à cause de sa petite taille était là, et lui répondit favorablement, en disant qu’il se mettait en route immédiatement.
–  Pas de chance, se dit Blandine, cela m’ennuie plus d’avoir à dire merci à petit docteur qu’aux autres, mais c’est comme ça…
Lorsqu’il arriva, John le jaugea d’un coup d’œil et semblait septique, mais « petit docteur » prit calmement et fermement la situation en main. Il commença par faire sortir tout le monde sauf Blandine et, après avoir nettoyé la plaie, se mit à recoudre John tout en échangeant quelques propos en Français avec la jeune femme. En quelques minutes ce fut fait et le médecin redevint un homme qui, cela n’échappa pas à John, regardait sa compatriote avec des yeux de cocker énamouré. Celle-ci restait souriante tout en étant un peu froide et distante, ce que John remarqua aussi. Au grand soulagement de Blandine, John et « petit docteur » se mirent rapidement d’accord sur le tarif, et ce dernier repartit, non sans l’avoir regardé une fois de plus, avec son air de cocker, tout en lui proposant de dîner ensemble. Aimable refus, remerciements pour sa venue et ouf il était parti ! John brûlait de poser des questions. Comment se faisait-il qu’elle refuse de fréquenter un type qui avait l’air d’avoir une bonne situation et qui paraissait fort sympathique ? Nombre de jeunes femmes auraient succombé au charme d’un homme à l’avenir tout tracé. Cette française était parfois très étrange…
– Tu as quelqu’un qui t’attend en France Blandine ? Un petit ami je veux dire…
La question avait fusé et déjà il regrettait sa curiosité, mais en même temps il posa sur elle des yeux pleins de gentillesse et Blandine s’en tira par une boutade au moment même où Gary et Tracy entraient dans la pièce :
– Une demi-douzaine de très collants, c’est pour cela que je suis là boss, cela m’évite d’avoir à choisir.
John eut un petit sourire en coin et se dit à lui-même :
« Voilà qui t’apprendra à poser des questions ! » Mais d’une certaine façon il avait eu sa réponse, car dans le ton employé par Blandine, il avait compris qu’en fait la réponse était négative. Gary et Tracy n’avaient pas été dupes non plus, et, dès que Blandine fut sortie de la pièce, Tracy ne put s’empêcher de faire remarquer que cette française ne devait pas être très finaude pour refuser les avances d’un homme qui pourrait l’aider à évoluer vers une meilleure situation, et ce d’autant plus qu’il avait l’air sincère et très bien de sa personne. Ces derniers mots furent prononcés comme une sentence, d’un air entendu et supérieur. John ne voulut pas en entendre plus, il regagna son bureau pour boire un bon café et s’offrir une petite pause avant de rejoindre le reste de l’équipe pour commencer le tournage. Il repensa à la scène et ses idées passèrent alternativement de Blandine à Tracy. L’une avait tout et l’autre fort peu, mais cette dernière ne semblait pas s’en soucier alors que celle qui avait tout paraissait perpétuellement inquiète et avide de posséder plus. Tracy était la fille du producteur de la série, elle n’avait jamais manqué de rien, bien au contraire. Elle avait été élevée par sa mère qui s’était séparée tôt d’avec son père, et John ne l’avait vue apparaître que récemment, il y avait environ une année. Elle avait décidé d’entamer une carrière d’actrice et avait déjà décroché un ou deux petits rôles. Elle disait avoir suivi des cours à New York où elle avait vécu toute sa jeunesse, sauf pour ses vacances, qu’elle venait passer chez son père. John n’était pas un intime de celui-ci, mais une longue et fructueuse relation de travail les unissait. Le père de Tracy, Mr Murdock, avait beaucoup aidé John peu après le décès de sa femme et de sa fille qui s’étaient tuées dans un accident de la route sur le chemin de l’école. Il y avait quinze ans de cela et à l’époque, John, qui avait perdu son emploi en même temps qu’une partie de sa raison, était au bord du gouffre financier. Il avait croisé Mr Murdock avec qui il avait déjà travaillé, et qui lui avait offert de prendre en main le tournage d’une série dont l’action devait avoir lieu en Alaska. Il lui avait déclaré :
– Ne crois surtout pas que je cherche à te rendre service, mais ici à Los Angeles, je ne trouve personne pour aller s’enterrer deux années en Alaska, et j’ai besoin de quelqu’un d’autonome qui sache prendre des responsabilités seul. Je suis prêt à partager les bénéfices avec toi s’il y en a, dans le cas contraire, tu n’auras qu’un maigre salaire en prime du changement d’air.
John ne fut pas difficile à convaincre, il avait besoin d’oublier et se dit que s’éloigner pourrait peut-être l’aider à se reconstruire. Il vendit sa maison de Los Angeles et ne garda que le ranch de ses parents, non loin de Sausalito. Rosalie, employée de la maison qui était déjà là lorsque les parents de John étaient encore en vie, continuerait à s’occuper de tout, elle serait désormais le seul lien qui le relierait au passé. Il se jeta à corps perdu dans le travail et fit tout pour la réussite de la série, ce qui fonctionna à merveille car ce fut un vrai succès qui marqua le retour de John dans le milieu du cinéma, où il fut demandé plus que jamais. Mr Murdock était toujours prioritaire dans ses choix, quel que soit le sujet du film. Il y avait entre les deux hommes une confiance réciproque qui faisait que si l’on ne pouvait parler de lien d’amitié, il y avait en tout cas un respect et une vraie joie à l’idée de monter des projets ensemble. La série qui les avait de nouveau réunis était un immense succès, et Mike et Peter étaient devenus des stars dans leur pays. Désormais celle-ci se vendait très cher, les gains financiers étaient énormes ce qui laissait John de marbre. Pour Blandine, le hasard avait bien fait les choses, elle était arrivée au sein d’un système bien rôdé qui lui donnait énormément à observer. La semaine suivante les vacances commençaient pour une quinzaine de jours, elle pourrait en profiter pour rester au-delà de ses horaires et assister à quelques tournages ; quelle chance se disait-elle !